Mon histoire n’a rien de drôle ni de rassurant sinon un amour que j’ai tant imaginé et voulu mais qui n’a pas vraiment pu voir le jour. C’est ainsi que mon histoire commence dans une petite ville dans laquelle je vivais avec mes parents ainsi que mes frères et sœurs ; une petite ville dans laquelle vivait aussi le seul amour de ma vie : un homme que j’aime depuis ma plus tendre enfance, un homme qui m’aime aussi depuis sa plus tendre enfance.

La tournure des événements ne nous a pourtant pas permis de vivre notre amour car mes parents, quelque peu conservateurs, m’ont marié avec un homme un peu plus âgé que moi à l’âge de 20 ans ; alors que je rêvais de faire des études supérieures et de me battre pour l’homme que j’aime. C’est ainsi que tout s’est soudainement arrêté ; j’étais soudainement devenue l’épouse d’un homme que je n’aimais pas et me suis retrouvée dans l’obligation de le suivre dans la ville où il travaillait.

Un peu plus tard, j’appris que l’homme que j’aimais s’était marié aussi ; peut-être par dépit, par pression de son entourage ou, et je ne l’espère pas, par affection. De mon côté, j’ai, par mégarde ou peut-être par volonté – je ne sais vraiment pas car au début il était assez agréable -, eu un enfant avec mon mari. C’est justement vers cette période que mes ennuis ont commencé : mon mari commença à me traiter comme une moins que rien et à nous taper continuellement, mon enfant et moi ; il plongeait dans des colères affreuses qui lui brouillaient complètement sa raison et son bon jugement. Une fois, il a même essayé d’étouffer notre enfant avec un oreiller.

Trop c’est trop, j’ai, un jour pris mon courage à deux mains et me suis retournée, en compagnie de mon fils, à la maison de mes parents afin de demander le divorce. Après quelques mois passés chez mes parents, des mois pendant lesquels mon mari essayait vainement de me reprendre et d’annuler le divorce, j’ai décidé de changer de ville pour travailler un peu et pouvoir assurer un avenir à mon enfant ; ce dernier est resté avec ses grands-parents parce que, malheureusement et contre toute volonté, je ne pouvais l’emmener avec moi vers l’inconnu et l’incertain.

Désespérée et triste de laisser mon fils derrière moi, j’ai trouvé un travail modeste mais qui me permettait de laisser un peu d’argent de côté ; malgré les diverses dépenses qui incombaient à la solitaire vie que je vivais. Après quelques mois, et suite à quelques douleurs au niveau des aisselles, j’appris que j’avais le cancer du sein ! C’était comme si les ennuis ne voulaient s’arrêter ou s’en aller pour laisser place à quelque bonheur !

« Je vais me battre et reprendre ma santé d’antan en main, pour mon fils », me disais-je continuellement, alors que j’avais extrêmement peur et que je pleurais continuellement. Heureusement, le Ramed m’a aidé à supporter les dépenses du traitement ; même s’il ne couvrait pas vraiment tout (analyses, radio, médicaments, transports, changement de pansements etc.). Les médecins traitaient les gens comme des numéros de dossiers : des milliers de questions que j’avais n’ont jamais été prises en compte car les médecins avaient tellement de patients – analphabètes pour la plupart – qu’ils ne prenaient pas vraiment le temps de leur expliquer quoi que ce soit, de nous expliquer quoi que ce soit ; ils nous donnaient le protocole à suivre et nous laissaient souffrir en silence.

J’avais une séance de chimio chaque trois semaines, une séance de chimio pour laquelle je me déplaçais à Rabat (de mes propres frais) et de laquelle je revenais (toute seule en car) complètement épuisée et avec des envies continuelles de vomir. C’est ainsi que j’ai passé une année de ma vie, je me suis battue en ne pensant qu’à mon fils car je ne voulais pas le laisser seul dans ce monde.

Après une année de traitement continu, un traitement ravageant et déprimant, je devais faire de nouvelles analyses pour voir si le cancer avait disparu ou si au contraire, je devais subir une ablation du sein. Les analyses faites et données aux responsables dans le centre (après des milliers d’allées et venues), ceux-ci me contactèrent après quelques semaines et m’annoncèrent que le cancer persistait et que je devais enlever le sein droit, au plus vite ; « on t’appellera pour te donner la date de l’opération », me disaient-ils ! Mais 3 ou 4 mois ont passé et personne ne m’appela ! J’étais déboussolée et ne savais quoi faire… ils avaient oublié mon dossier, me confessa une amie qui avaient des relations là-bas !

Ainsi, après de multiples appels et colères enchaînés, ils me donnèrent un rendez-vous pour l’opération ; je partis et on m’enleva le sein, mon cher sein… mais je ne pouvais rester plus de 3 jours au centre car il fallait laisser la place aux milliers de patients qui attendaient ! Tout au long, je ne pensais qu’à mon fils, à la nouvelle vie qu’on allait vivre tous les deux et au bonheur que j’allais ressentir de le voir bientôt près de moi.

Je me sentais bien et j’étais assez optimiste et confiante envers la vie et ce qui m’attendait ; les prochaines analyses me laissèrent de glace et détruisirent tous mes rêves, mes espérances et mes labeurs d’un coup ; car le cancer s’était répandu dans les poumons et le foie ! Plus rien n’importait, ni le divorce qui persistait ni l’homme de ma vie ni les petits soucis qui m’atteignaient.

Cette fois, et je le savais, il n’y avait plus d’espoir, plus d’avenir. J’ai tout laissé derrière moi et je suis rentrée chez moi, auprès de mon fils chéri qui me manquait à en mourir. Je prends à présent des remèdes naturels mais mon état empire de jour en jour… je sais que la fin est proche !

Fatima, qui nous a raconté son histoire pendant sa terrible et triste agonie, est à présent décédée… à l’âge de 29 ans !